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Everything that rises must converge, de Flannery O'Connor

Bonjour !


Aujourd’hui, j’aimerais vous faire découvrir un auteur méconnu à la plume aussi fine qu’acérée : Flannery O’Connor. Cette jeune femme a vécu en Géorgie au milieu du siècle dernier. On pourrait dire qu’elle est à Harper Lee[1] ce que Dieudonné est à Gad Elmaleh : le rire que l’un suscite avec délicatesse, l’autre le prend de force, par un trait implacable et sardonique. Il y a quelque chose d’un Chesterton en plus brutal chez Flannery : elle aime mettre en valeur les paradoxes pour s’en jouer, elle aime dépeindre avec beaucoup de finesse les faux semblants qui sont monnaie courante pour les faire éclater au contact de la réalité.


Je dis « réalité » parce que « vérité chrétienne » a de nos jours une odeur trop subjective : il en faut peu pour faire du nom propre de Vérité un nom commun. C’est là le cheval de bataille de Flannery, qui prend un malin plaisir à briser toutes les petites vanités qui étouffent la réalité. Sa proie favorite c’est la complaisance, tous les gens qui sont satisfaits d’eux-mêmes, qui prennent soin de leur pré carré, ceux qui pensent avoir une pierre où poser la tête.


Car Flannery, elle, est sur les charbons ardents. Elle porte une maladie héréditaire qui la détruit peu à peu dans la souffrance, jusqu’à sa mort à 39 ans. On retrouve ici le gouffre vertigineux de la souffrance, ce même gouffre qui tourmente le père Molinié et qui a accompagné le père Eloi Leclerc à découvrir que Dieu n’est pas seulement le Bien ou le Beau : il est aussi le Vivant, Celui Qui Souffre et qui continue à être l’Amour dans l’abîme. Quelle convention, quelle norme peut tenir devant ce mystère ? Et surtout, quelle convenance sociale peut prétendre fixer une limite à l’amour ?


Voilà ce qui frappe quand on lit l’œuvre de cette écrivaine : derrière le rejet de toutes ces normes, on perçoit un désir immense d’infini, une soif que Dieu seul peut combler. Et cela nous pousse à ne pas nous satisfaire de peu. Cela nous pousse à désirer, à notre tour, l’infini au quotidien.


Certains pourraient se demander quel est l’intérêt de désirer l’impossible. Pourquoi attiser une ambition qui dépasse nos capacités ? Pourquoi garder ce feu dans nos cœurs comme un tourment, pourquoi souffrir inutilement ? C’est là un défaut d’adaptation, une inadéquation au réel, une anomalie, un excès. La question, en effet, mérite d’être posée.


Je crois que la réponse ne peut pas venir de nous. Par contre, il dépend de nous de nous adresser à la bonne personne. A voir sainte Thérèse, saint François, tous les saints, tous les prophètes, mais aussi Bernanos, Chesterton, Péguy, mais aussi La Tour du Pin, Maritain, Daujat, tous ces gens complètement cramés, ça donne quand même un peu envie de jouer avec le feu, n’est-ce pas ? Toute l’œuvre de Flannery O’Connor nous y encourage.


Je vous laisse pour finir un échantillon de l’humour de Flannery. Il s’agit ici de l’extrait d’une correspondance datant de 1955 :


« J'ai l'impression d'offrir, sur mes béquilles, un spectacle assez pathétique. L'autre jour, j'étais dans l'ascenseur d'un grand magasin à Atlanta. Une vieille dame est montée après moi et dès que je me suis retournée, elle m'a toisée d'un œil humide et s'est exclamée: "Dieu vous bénisse, ma chère petite!". Je me suis sentie comme un phénomène et je lui ai lancé un morne regard de haine. Encouragée, elle m'a saisie par le bras et m'a murmuré (très fort) à l'oreille : "Souvenez-vous des paroles de saint Jean." Je n'étais pas encore à l'étage où je voulais me rendre mais je suis sortie et je crois avoir surpris la vieille dame par la vitesse avec laquelle je me mouvais sur mes béquilles. J'ai une amie qui n'a qu'une jambe et je lui ai demandé à quoi ces paroles de saint Jean faisaient allusion. Elle pense que ce doit être: "Les infirmes entreront les premiers." Sans doute parce que les infirmes assèneront des coups de béquille à tous ceux qu'ils rencontreront sur leur route. » [2]


Si vous cherchez par où commencer pour découvrir cet auteur, je vous conseille le recueil everything that rises must converge. Il s’agit d’un recueil d’histoires courtes et percutantes. Flannery explique que chaque histoire cherche à dépeindre ce qu’il se passe lorsqu’une personne s’approche malgré elle de la lumière de Dieu. Petit spoiler : ça fait mal.


Bonne lecture, et bonne semaine !


[1] l’auteur de to kill a mockingbird [2] Flannery O'Connor - Oeuvres complètes : Romans, nouvelles, essais, correspondance de Flannery O'Connor Lettre à "A", 10 novembre 1955.



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