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Le nerveux et le sentimental (caractérologie, 2/5)

Bonjour !


Aujourd’hui, nous poursuivons la série caractérologie débutée il y a deux semaines avec cet article. Comme prévu, nous allons maintenant aborder deux des huit caractères de l’école de caractérologie classique de René le Senne.


Peut-être avez-vous déjà écouté les excellentes conférences du révérend John Brucciani sur les quatre tempéraments, disponibles ici. C’est une approche passionnante du sujet, et comme il s’agit de conférences audio vous pouvez les écouter avec vos proches. L’expérience vaut le détour !


En fait, les quatre tempéraments dont parle le révérend Brucciani forment les prémices des huit caractères identifiés par René le Senne et dont nous allons parler. Ces quatre tempéraments sont une espèce de transposition en psychologie de la théorie des humeurs d’Hippocrate, selon laquelle le corps est constitué des quatre éléments fondamentaux : l’air qui correspond au sang (le sanguin, chaud et humide) ; l’eau qui correspond au phlegme (le flegmatique, froid et sec) ; le feu qui correspond à la bile jaune (le bilieux, chaud et sec) ; et la terre qui correspond à l’atrabile (le mélancolique, froid et humide).


Ce système repose donc sur deux critères, la température (introversion/extraversion) et l’hygrométrie (primaire/secondaire). Quand René le Senne propose de substituer au critère « température » les deux autres critères, « l’émotivité » et « l’activité » dont on a parlé la dernière fois, il affine considérablement la grille d’analyse, ce qui permet d’approfondir certains caractères : le mélancolique se divise en nerveux et sentimental ; le bilieux se divise en colérique et passionné ; le flegmatique se divise en flegmatique, amorphe et apathique et le sanguin… Reste le sanguin.


Petit rappel avant de commencer : nous parlons de caractères. Il s’agit donc de dispositions spontanées. Ce n’est pas parce que vous avez réussi à ne pas vous émouvoir dans une situation émouvante que vous n’êtes pas émotif, et ce n’est pas parce que vous avez réussi à vous retrousser les manches dans une situation donnée que vous êtes actif. Il faut vraiment s’intéresser à l’endroit d’où vous partez et non de l’endroit où vous êtes. Cela dit, la frontière entre inné et acquis est vraiment floue… Il semble qu’il serait plus adapté de parler d’habitudes ou d’apprentissages plus ou moins profonds que de structure congénitale fixe, car on constate que l’éducation fait de vraies merveilles ! Et ce que l’éducation ne rectifie pas, la grâce le peut de toute façon donc autant ne pas jeter l’éponge trop tôt.


Nous allons donc nous intéresser aujourd’hui au nerveux, puis au sentimental. Tous deux sont émotifs et inactifs, mais le nerveux est primaire tandis que le sentimental est secondaire.


L’association émotivité-inactivité

Si vous vous souvenez bien ce qu’on s’est dit la dernière fois, l’émotivité constitue l’énergie affective et l’activité est l’énergie mentale, la force de volonté. L’émotivité représente le carburant : la jauge du non émotif est à sec, celle de l’hyperémotif est à ras bord. L’activité, elle, représente la machine : l’inactif a une machine grippée, l’actif a une machine huilée.


Lorsque l’activité est facile, l’émotion fait simplement avancer la machine. Il y a du mouvement, c’est l’action. Lorsque l’activité est difficile, l’énergie s’attarde dans la machine, le mouvement est contrarié, la pression augmente et se traduit en émotion. Et plus l’écart émotivité/inactivité est important, plus ce phénomène s’intensifie pour devenir un complexe, un joli nœud affectif où l’émotion est emberlificotée autour d’elle-même jusqu’à entraver le fonctionnement affectif.


Puisqu’il faut bien fonctionner malgré tout, certaines zones de la vie affective se bloquent dans des automatismes, des protocoles rigides : faute de pouvoir s’adapter, on se met sur pilote automatique. Plus le temps passe, plus ces automatismes se diffusent pour atteindre l’ensemble des sphères affectives, et paralysent de plus en plus la personne. Si celle-ci ne travaille pas sur elle-même, elle risque de s’isoler de plus en plus parce que le lien social est la première compétence de l’affectivité de la personne, ce qui lui permet de se nourrir et d’adapter son fonctionnement. Plus elle est isolée, et moins elle s’en sort.


Ce qui nous intéresse ici, c’est le rapport entre l’émotivité et l’activité. Ce rapport nous montre une piste éducative très importante : chez une personne émotive, moins il y a d’activité, plus le risque de développer des complexes augmente. D’ailleurs ce lien de cause à effet est instinctivement connu chez beaucoup de parents qui comprennent l’importance de pousser les enfants à « faire quelque chose ». Ce qui est intéressant ici c’est que l’activité ne combat pas seulement la mollesse, mais aide à développer la joie et la simplicité.


La joie et la simplicité, voilà l’objectif à poursuivre avec le nerveux et le sentimental. D’aucuns disent – et l’observation me parait plutôt juste – que les complexes psychiques ne concernent, en fait, que ces deux caractères. Ce sont les caractères les plus fragiles, les plus délicat à éduquer et il semble que ce soient les caractères les plus répandus aujourd’hui, si l’on considère l’augmentation de l’émotivité et de l’inactivité de la population occidentale depuis le siècle dernier.


Commençons par le nerveux.


Le nerveux

Emotif, inactif, Primaire. On a la pression interne liée à l’émotivité qui ne peut pas sortir convenablement à cause de l’inactivité, mais le côté primaire permet de ne pas cumuler cette pression dans le temps, ce qui limite l’ancrage des complexes. Concrètement cela donne au nerveux une grande impulsivité, une précipitation qui ressemble fort à de la fuite.


Le nerveux est sensible, souvent vaniteux. Il cherche sans cesse les preuves de l’affection de son entourage, mais son inquiétude pousse cette quête du côté de la jalousie et du contrôle, c’est pourquoi il faut faire attention à ne pas lui montrer trop d’attention. Tant que son inquiétude vis-à-vis du lien n’est pas rassurée avec calme et pondération, il engloutira les marques d’attachement en alternant entre la fusion et la répulsion.


La bête noire du nerveux mal éduqué est la raison froide, distante et impersonnelle. Elle le renvoie à son inquiétude intérieure, et si la confrontation avec elle est trop brutale il va se perdre en fuyant son ennemi. Sa douleur et son inquiétude le rendent capable d’une lucidité fulgurante, typique de la vision poétique. Il cherche à fasciner comme par une revanche sur le monde. C’est le caractère des plus célèbres poètes : enflammé et éphémère.


Il y a quelque chose d’extrêmement volatile chez le nerveux, et le moindre événement est susceptible de le confondre intérieurement, un peu comme un léger coup de vent ferait voler dans toute la pièce un tas de plumes. Il ne manque pas de sincérité dans ses extravagances, il ignore simplement lesquelles de ses émotions sont authentiques et lesquelles sont superficielles. Tant que le nerveux ne comprend pas que c’est sa personne elle-même qui a de la valeur et non ce qu’il déclenche ou ce qu’il génère, il ne se développera pas harmonieusement.


Voilà pourquoi il faut être vigilant à ses propres réactions à proximité d’un nerveux. Ses excès ne doivent déclencher aucune effervescence, juste une réponse calme et presque désintéressée. Si l’on réagit de façon trop perceptible, il va amplifier l’écho pour créer du sensationnel autour de lui. On risque alors de tomber dans le panneau et de prendre des vessies pour des lanternes, d’accorder de la gravité à la fatuité et d’ignorer l’essentiel. Il faut en tout temps avoir comme premier réflexe l’impassibilité, l’analyse discrète pour réagir de façon pondérée et préserver le côté sobre et calme que doit avoir l’environnement du nerveux.


Tant que le nerveux réussi à fasciner, il maintient une diversion qui masque son inquiétude profonde de ne pas être aimé. En fait, il s’agit pour l’éducateur de baigner le nerveux dans une ambiance normale, simple, où il est identifié sans avoir besoin de jouer des coudes. Le nerveux a besoin d’un environnement calme, stable et dépourvu de stimulations excessives (telles qu’écrans, jeux, fêtes, disputes). Il faut lui assurer une place précise dans le groupe, sans que celle-ci soit privilégiée d’une façon ou d’une autre. Ainsi, il s’agit de le rassurer sur sa place, sans l’autoriser à en user abusivement sur les autres, ce qui sera son premier réflexe. Le lien avec ses proches doit être fiable et dépourvu d’effusion, l’adulte doit constamment réajuster la distance en entourant le nerveux d’une ambiance affectueuse discrète, sans aucune déclaration visible d’affection.


Vous le voyez, l’éducation du nerveux est la plus délicate de toutes : il s’agit d’être vigilant en permanence (car il est inconscient et peut faire de grosses bêtises), sans toutefois lui montrer notre vigilance (ce qui ne ferait que l’attiser). Ce caractère, s'il n'est pas éduqué, peut devenir misérable (souffre-douleur qui ne retrouve sa vanité qu'en exagérant sur sa bêtise) ou fantaisiste (papillonne sans cesse, incapable d'achever son travail ou ses projets).


Éducation du nerveux

Premier principe: Réfréner son émotivité abusive, sans la contrarier complètement.


Cadre éducatif

Cela signifie être attentif à ce que l'enfant ne prenne pas goût à s'exciter de façon excessive, en particulier dans le domaine de l’exploration sexuelle (sans quoi le nerveux risque de se dérégler sérieusement, n'étant pas en mesure de se maitriser lui-même).


Ainsi la mère doit habituer l'enfant nerveux à accomplir toutes ses fonctions naturelles sans y attacher aucune attention excessive, en agissant avec un automatisme aussi complet que possible.

L'enfant devra être entraîné à des jeux nettement tournés vers le dehors, pour lui donner le sentiment d'un monde extérieur indépendant de son caprice et possédant ses valeurs intrinsèques.

Il faut l'encourager à l'action dans tout ce qui flatte ses dons naturels, en étant très attentif à ce qu'aucune des obligations enfantines ne soit omise (lui donner le sens du devoir), au besoin en misant sur la vanité puérile de ce caractère pour le pousser à l'action.


Il faut lui faire comprendre ce qu'il gagne à être bien lavé, bien soigné de sa personne; le complimenter sur ses livres et cahiers bien tenus; stimuler son amour de l'ordre et de la discipline en lui facilitant les petites collections dont les enfants sont toujours friands (figurines, cartes à jouer, poupées au trousseau bien fourni).


L'éducateur exigera une grande régularité dans les heures de détente et de travail, et une obéissance immédiate, ne donnant jamais un ordre sans en exiger l'exécution joyeuse et sans commentaire. De fait, un formalisme excessif pousse le nerveux à voir la règle comme un moyen de calcul et de pouvoir plutôt que comme un guide pour se dépasser.


Concernant les devoirs scolaires :

Le parent devra veiller à l’accomplissement des devoirs, et n’attachera pas une importance excessive aux résultats très inégaux du nerveux à l’école. Il valorisera les bons résultats plus qu’il ne sanctionnera les échecs car la vanité du nerveux se charge déjà de cet office (c’est déjà assez humiliant comme ça).


L’éducateur favorisera le penchant naturel du nerveux pour l’histoire, la musique et les arts plastiques pour ramener avec adresse son attention sur les mathématiques, l’orthographe et la grammaire, matières plus laborieuses.


Extra-scolaire :

L’éducateur stimulera l’activité du nerveux en dehors de l’école en lui confiant quelques missions de confiance, pas trop surveillées : courses, commissions, petits travaux où la plus grande part est laissée à sa fantaisie.


Familial :

Il faut veiller à ce que le nerveux s’intègre parmi ses frères et sœurs sans les déranger par ce mélange de taquinerie agressive et d’affection tyrannique qui est le propre du nerveux. Mais il faut veiller aussi à ce que l’espace vital du nerveux soit énergiquement défendu contre tout empiétement de la part des aînés dont les études et les distractions ont vite fait de casser le rythme de la maison, et de la part des cadets qui accaparent volontiers l’attention des parents. Il faut se souvenir que le nerveux réclame sa vie durant l’affection la plus manifeste.


L’objectif sera pour les parents non pas seulement d’être attentif à cela, mais de faire en sorte que chaque membre de la famille le soit aussi afin d’entourer le nerveux d’une sorte de complicité d’affection dans laquelle il se sentira délicieusement investi. Ce sera alors l’occasion de le mobiliser : l’imitation des plus grands encouragera ses capacités naturelles à créer et à inventer, et la protection des plus jeunes sublimera son besoin de vanité et d’affirmation de soi.


Les progrès sociaux du nerveux se remarqueront par l’arrêt de la bouderie (due à son manque réel ou à priori d’attention de la part de son entourage).


L’école :

Avec le nerveux, la sévérité qui ne porte que sur l’instant et qui accroît la tension des rapports sociaux est contreproductive.


Il faut intéresser le nerveux, lui montrer de l’estime et de l’affection, l’impressionner par son savoir et au besoin par des réactions de calme et de force face à des explosions passagères. Il faut surtout s’efforcer de l’intégrer dans la communauté scolaire plutôt que de l’ostraciser.


Voilà pour le nerveux. Si vous souhaitez davantage de détails, reportez-vous au livre d’André le Gall dont nous avons déjà parlé Caractérologie Des Enfants Et Des Adolescents À L'usage Des Parents Et Des Éducateurs.


Le sentimental


Souvent confondu avec le nerveux par ceux qui sous-estiment leur commune émotivité et leur manque d’activité, le sentimental se distingue – voire s’oppose - au nerveux comme le plus décidé des secondaires face au plus léger des primaires.


De fait, le sentimental est très facile à exciter et à énerver, il est d’humeur extrêmement variable au point de ressentir dans son affectivité les changements météorologiques. Mais l’impulsivité extrême du nerveux a disparu, matée par le coup de frein de la secondarité. L’émotivité du sentimental est comme prisonnière dans son corps, à la façon d’un indien paralysé par le curare, corps vivant prisonnier d’un corps mort (Claude Bernard). Cela donne un excès de pression avec un défaut d’expression.


Le type sentimental semble définir bon nombre d’adolescents, comme un passage psychologique obligé dans le développement psychique, mais il est vite balayé par la vie quand il ne s’agit pas du caractère réel de l’individu. Puisque ce caractère est difficile à identifier, il faudra se concentrer sur l’attitude générale de l’enfant et non sur tel ou tel détail. En particulier, le comportement social sera déterminant. Notamment, le repli sur lui-même du sentimental sera d’autant plus profond qu’il a été choqué violemment. Ce choc sera visible à travers sa réaction à la réprimande, qui déclenchera la retraite générale de toute sa personne.


Tout comme pour le nerveux, l’émotivité du sentimental est pressurisée par l’inactivité, ce qui génère de l’impulsivité et des complexes. Cependant, la primarité du nerveux limite l’ampleur de celle-ci et la profondeur de ceux-là, ce qui n’est pas le cas pour le sentimental. On a donc une impulsivité qui n’est pas spontanée mais différée, ce qui lui donne un côté aussi disproportionné qu’inattendu, et des complexes particulièrement ancrés. Ainsi, l’objectif éducatif principal doit porter sur l’introversion du sentimental car plus l’introversion est forte chez ce caractère, plus les troubles sont importants.


La secondarité du sentimental, si elle donne plus de prise aux habitudes, reste un danger pour ce caractère dans le sens où elle l’emprisonne dans le passé, lui faisant sempiternellement manquer le train du présent. Du coup, l’avenir concret est dissuasif pour ce caractère : il lui préfère un idéal de perfection, qui a d’ailleurs le grand avantage d’être abstrait. Le sentimental, à cause de sa grande sensibilité, est constamment blessé par le réel, d’où son pessimisme et sa tendance au repli sur soi.


L’idée est donc de l’encourager en permanence à entrer en contact avec le réel des relations à travers le sport, des projets, etc… Sans pour autant confronter le sentimental directement avec ses difficultés, car alors on lui donne l’occasion de déployer toute sa rhétorique du découragement. C’est pourquoi il faut faire preuve d’une grande patience avec lui, et accepter son côté fleur bleue. D’ailleurs, sa tendance naturelle à se flageller n’a pas besoin d’être excitée par des sanctions.


Dans son livre cité plus haut (p.167), André le Gall explique qu’il faut « entourer l’enfant et l’adolescent sentimental de beaucoup d’indulgence, ne jamais souligner ses défaillances, mais préciser devant lui un but auquel il doit tendre, puis un autre, puis un autre encore. Le premier but atteint, il faut que l’attention s’en détache bientôt pour se porter en avant. On confiera donc le résultat acquis aux bons soins de la répétition et de l’habitude. » La force de l’habitude, si puissante chez le sentimental, le conduira à l’autonomie. « Il faut amener le sentimental à oublier, à accepter le passé, à adopter le « ce qui est fait est fait » et par-dessus tout, ne lever ses scrupules que pour l’en libérer gaiement. »


Le sentimental est sérieux, doué de cœur et de sensibilité, attentif, d’une bonne volonté extrême : parce qu’il se dénigre spontanément, l’influence extérieure ne peut qu’être meilleure que lui (à ses yeux du moins). Une fois gagnée son estime, rien de ce qu’on lui dit n’est perdu. Mais le grand défi est de s’ouvrir au monde extérieur, notamment à l’école - qui pourtant lui correspond si bien qu’une fois intégré il a bien du mal à en sortir et cumule les diplômes, doctorats, etc...


Il faut préserver à la maison son goût de la dignité et de l’ordre collectif, et lui laisser toujours la possibilité de s’évader. Ainsi on veillera à lui laisser un espace strictement réservé, son « empire » (chambre ou débarras) et surtout il faut fermer les yeux sur ses explorations dans le grenier, à la cave, dans un jardin abandonné, bref partout où le conduit son besoin de mystère et de poésie. Ce sera pour lui l’occasion de jouer à l’ordre ou à la fantaisie, ces deux dimensions de son répertoire.


Malgré sa délicatesse et son goût de l’idéal, le sentimental est loin d’être un ange et peut s’enfermer dans une paresse d’autant plus entêtée qu’elle semble justifiée aux yeux de l’intéressé. D’abord il se replie parce que telle ou telle discipline ne l’intéresse pas, et ensuite parce que son sens de la justice (qui réclame toujours une compréhension particulière à son endroit) a été heurté d’une façon ou d’une autre.


Si la mélancolie qui l’attire constamment s’installe, le sentimental risque de couper les amarres avec ce monde si rustre pour s’enfoncer à la moindre occasion dans des névroses d’opposition, de persécution ou de surcompensation.


Le but de l’éducation du sentimental sera de s’opposer autant que possible au développement de cette mélancolie morbide, en favorisant tout ce qui peut susciter dans l’enfant une action joyeuse et un accord avec la réalité.


Cet accord avec la réalité sera compromis si l’environnement du sentimental manque de stabilité, de calme, et si son entourage n’est pas suffisamment compréhensif. Cela signifie pas de distraction brutale, pas d’apparition ou de disparition brusque d’un proche ou d’un objet sans transition, pas de scène de famille (sinon il risque de fuguer). Il faut le préparer spécialement à chaque changement (déménagement, départ d’un aîné, etc…) voire lui faire jouer un rôle dans ces événements de vie.


Et surtout, surtout, il faut montrer au sentimental que nous, les adultes, nous avons confiance en la réalité comme en ce qui surplombe tous les rêves. En tant que parents, il ne faut pas perdre une occasion de valoriser un acte concret (jeu, service rendu, réalisation artistique ou autre) par rapport à un discours, une pensée généreuse, un film... Le sentimental c’est de la graine de philosophe, tout comme le nerveux c’est de la graine de poète.


Le bonheur et l’évasion du sentimental réside dans son art de spéculer, c’est pourquoi il faut toujours le ramener sur terre et l’encourager à passer de la pensée à l’action. Typiquement, le sentimental est celui qui croit avoir fait ou dit quelque parce qu’il l’a pensé très fort. Il faut donc lui apprendre le pragmatisme comme la meilleure des philosophies. Bien sûr j’exagère, le pragmatisme est un rejet de l’esprit comme réalité et en soi ce n’est donc pas une philosophie vraiment réaliste. Mais vu que le sentimental a tendance à se cloîtrer dans son esprit, en ne valorisant que les actes on va l’aider à atteindre un juste milieu, entre l’inné et l’acquis.


Une dernière chose au sujet de ce caractère : autant chez le nerveux la bouderie, la jalousie et le côté un peu pervers de la personne montre qu’il faut encore travailler son impulsivité, autant chez le nerveux dont l’éducation n’est pas assez contenante on rencontre souvent trois difficultés particulières qui se suivent : l’énurésie, l’onanisme et la fugue. Ces trois difficultés sont liées, elles ne sont bien sûr pas systématiques mais il faut les prendre pour ce qu’elles signifient chez le sentimental : une difficulté à sortir de soi, à quitter le monde fascinant de l’imagination.


Si vous avez bien suivi les derniers articles de l’option GKC, vous remarquerez que la tentation du sentimental n’est autre que l’idéalisme, tout comme la tentation du nerveux n’est autre chose que le sensualisme. Le sentimental conçoit la vérité comme une chose éthérée, inaccessible et au-delà du réel (celui-ci n'ayant, au fond, que peu d’importance) ; et le nerveux confond la vérité et la sincérité, repoussant toute objectivité au profit de l’instant, de la sensation. Il semble aussi, en forçant le trait, que le combat du nerveux est, à l’origine, un combat plutôt féminin tandis que le combat du sentimental est un combat plutôt masculin. Mais ce n’est qu’une hypothèse à creuser…


Voilà pour ces deux caractères, encore une fois pour plus de précisions lisez le livre d’André le Gall, qui est très bien fait.


Bonne semaine !