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Le bien commun au quotidien

Bonjour !

 

Aujourd’hui, je vous propose de nous pencher sur une citation d’Ivan Illich, qui figure dans un recoin obscur de l’article siffler en travaillant :

 

« … pour le monde occidental, le travail a traversé le miroir entre le XVIIe et le XIXe siècle.  L’agression écologique avait pris son essor avec la destruction la plus significative et la moins reconnue : l’élimination progressive des valeurs d’utilisation commune du milieu, facteurs des activités de subsistance. »

 

Ce passage m’a beaucoup frustré parce que l’auteur explique qu’il s’agit là d’un point capital pour comprendre l’un des biais de l’économie moderne, et que j’étais incapable de comprendre ce que signifie l’expression les « valeurs d’utilisation commune du milieu ». Alors j’ai fouillé, fouiné, cogité, et j’ai fini par découvrir ce qui est, en fait, une évidence : Ivan Illich mentionne ici la disparition de la notion de biens communs.

 

Il ne s’agit pas là du bien commun moral, mais du bien commun matériel : une terre qui peut être utilisée par plusieurs familles, et dont la propriété est soit celle d’un notable local, soit celle de la communauté.

 

Si vous souhaitez un exemple plus précis, je vous encourage vivement à relire l’organisation qu’a développé René de La Tour du Pin quand il était maire d’Arrancy pendant la première guerre mondiale, en pièce jointe : en s’appuyant sur les pères de famille et en achetant au nom de la commune une terre arable, il a permis à la population de sa commune de vivre des fruits de ce champ et de l’entretenir en créant un formidable élan communautaire. Le document en pièce jointe vous fournira davantage d’informations.

 

Cela évoque de façon très forte l’appel de notre vieil ami Chesterton, lorsqu’il nous somme de plonger nos mains dans la terre et de les y laisser jusqu’à ce notre économie se convertisse à cette réalité immuable. Fi de l’abstraction financière, place à l’économie réelle, tangible, locale !

 

Alors c’est vrai, on peut se dire que c’était il y a très longtemps tout ça, et qu’à l’époque on pouvait plus facilement penser local qu’aujourd’hui, maintenant qu’il y a la globalisation. Mais figurez-vous que des penseurs se rassemblent encore pour tenter de trouver des solutions, avec l’ambition vertigineuse de redonner des racines à notre système économique, et de favoriser l’émergence de ces biens communs.

 

Je vous propose donc de lire l’interview de Guillaume Travers, parue sur le site de l’Iliade (accessible sur cette page) :

 

« Champs communs », « bien commun », « patrimoine commun », ce sont des notions en vogue… Comment aller au-delà des mots et des déclarations d’intentions, à l’heure où ne semblent plus exister que la consommation et l’hédonisme d’individus isolés ?

Les « communs » sont, à mes yeux, le concept central pour penser une alternative à la modernité et à ses écueils. Deux éléments sont essentiels. Premièrement, la modernité a pensé le monde social selon une dichotomie entre une « sphère privée » et une « sphère publique » : d’un côté l’individu, de l’autre l’État, qu’il soit national ou mondial. On a fait de l’homme un pur individu, et on a réduit ses attaches collectives à des appartenances trop distantes, trop abstraites. La privatisation du monde et son étatisation sont les deux faces du même processus moderne, deux formes de déracinement, de coupure par rapport aux territoires et aux communautés. Ce faisant, ce qui est été oublié est le domaine des « communs », qui est un domaine intermédiaire. Il me semble que la quasi-totalité des problèmes contemporains, et le malaise anthropologique actuel, viennent de là. Deuxième précision : on parle presque toujours du « bien commun » au singulier. C’est, pour moi, incompréhensible. Il n’y a de biens communs que là où il y a des communautés, or ces communautés sont toujours multiples. Un bien commun est toujours territorialisé, localisé : c’est un milieu naturel à préserver, des intérêts stratégiques à sauvegarder, etc. Une fois que l’on a dit cela, les problèmes sont loin d’être réglés, mais il me semble qu’on a un bon diagnostic de départ sur lequel construire une alternative.

 

Monnaie, alimentation, voies de communication et d’échange, souveraineté profonde, vous abordez absolument tous les sujets, quel est le réel fil rouge de ce nouveau laboratoire d’idées ?

C’est en partie une illusion. Il y a beaucoup de sujets que nous n’avons pas vocation à aborder. Notre fil rouge est l’idée qu’il est impératif de reterritorialiser les activités humaines, et de protéger certains biens communs. Mais cette idée ne doit pas rester abstraite : notre but est de penser concrètement les changements économiques, juridiques, écologiques, etc., nécessaires pour atteindre ces buts. Il faut donc donner un contenu positif au protectionnisme, au localisme, aux intérêts géostratégiques, etc.

 

Comment ne pas avoir une simple posture défensive ou de chroniqueur de notre affaissement ? Un laboratoire d’idées peut-il réellement proposer des alternatives positives ?

Champs communs vise à produire un travail scientifiquement rigoureux sur deux plans. Une part relève en effet du diagnostic : il s’agit par exemple de mesurer nos faiblesses, nos dépendances, la fragilité des chaînes d’approvisionnement ou de certains territoires. Une autre part vise à rendre concrète la relocalisation : que peut signifier le protectionnisme aujourd’hui ? Comment le droit peut-il être amendé pour faire place aux biens communs ? Qu’est-ce qu’une écologie enracinée ? Qu’est-ce qu’une économie au services des peuples ? Comment sortir de notre dépendance à des infrastructures stratégiques étrangères ? Nous avons vocation à faire émerger des thèmes nouveaux dans le débat public, notamment en visant une diffusion de nos travaux spécifiquement auprès de décideurs : députés ou assistants parlementaires, journalistes, etc.

 

Guillaume Travers, vous êtes l’initiateur de Champs communs. Nous connaissons vos travaux en économie ainsi que certains écrits plus politiques. Qu’est ce qui, dans votre parcours, vous a poussé à créer ce laboratoire d’idées ? Avez-vous pu créer une équipe ?

Ce laboratoire d’idées comble un manque. Il y a d’excellentes revues, des instituts, comme l’Iliade, qui forment des jeunes sur la base d’une vision du monde embrassant tous les sujets. Mais il manque des centres de compétences sur certains sujets spécifiques. Je suis universitaire de formation, et je sais l’importance de travaux scientifiquement crédibles. Nous avons aussi besoin de cela. D’autres ont développé des concepts ou des indicateurs très puissants, qui ont fait beaucoup pour le développement d’une certaine école de pensée. Songeons par exemple à l’« empreinte carbone » ou au « jour de dépassement de la Terre » pour la pensée écologique. Nous pouvons, avec la même rigueur, tenter de donner un contenu à l’« empreinte territoriale » ou à l’« empreinte communautaire », et produire des travaux qui mettront en évidence les déséquilibres causés par la mondialisation, le libre-échange, la déterritorialisation, etc.

 

Hervé Juvin, avait déclaré lors de notre colloque La nature comme socle, pour une écologie à l’endroit : « Au fond du globalisme, l’affirmation que tout est commuable et commensurable est la plus antiécologiste qui soit, et des écologistes ne peuvent y souscrire qu’au prix d’une escroquerie manifeste. La déterritorialisation est le projet anti-humaniste par excellence, puisqu’elle dénie à l’homme le lien au sol qu’organise sa culture, elle est le nouveau projet de l’esclavage migratoire et de l’expulsion des indigènes, le rêve du marché total devenu réalité – sauf que le réel s’en mêle… ». Vous feriez vôtre cette assertion ?

Absolument. C’est un constat implacable. Il ne reste qu’à penser positivement la reterritorialisation. J’ajoute que j’aimerais aussi beaucoup pouvoir mettre en valeur des expériences concrètes qui ont réussi ailleurs : il y a, partout dans le monde, des États qui tentent de reprendre le contrôle de leurs infrastructures stratégiques, qui expérimentent de nouveaux modèles agricoles, qui tentent de protéger des structures industrielles. Encore faut-il les identifier, faire le bilan de ce qui fonctionne ou non, etc.

 

Dans La Cause du peuple (éditions Perrin, 2016), Patrick Buisson, qui interviendra lors de notre prochain colloque Face au déclin anthropologique, vivre en européen, déclarait « Contre la mondialisation, quintessence du non-lieu, qui pousse à la déterritorialisation et au délestage des attaches symboliques, le peuple des laissés-pour-compte plébiscite le lieu comme première composante du lien. Le village coutumier contre le village planétaire. Le village comme capital social et culturel protecteur à l’heure où l’État ne protège plus. Être, c’est habiter. Comprendre que personne n’échappe totalement à la marque des origines, à l’imprégnation de l’enfance et à la contagion des paysages. ». Et vous, Guillaume Travers, êtes-vous un intellectuel hors-sol, où habitez-vous un village où vous cultivez votre jardin ?

Beaucoup de visions du monde peuvent exister à l’état de philosophies purement abstraites, à commencer par l’individualisme. Je ne pense pas que cela puisse être le cas d’une pensée centrée autour de la protection des biens communs. Celle-ci s’appuie toujours sur une certaine sensibilité, sur une certaine expérience du monde. C’est évidemment mon cas. »

 

Si vous souhaitez aller plus loin, je vous encourage à visiter le site champs communs, et à lire la deuxième pièce jointe, qui comporte 5 propositions pour réformer notre système fiscal.

 

Bonne lecture, et bonne semaine !



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Note - Fiscalité au service des territoires
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