• Ratatouille

Le numérique et les enfants

Bonjour!


Aujourd’hui je vous propose deux documents.


Le premier est un article reprenant l’analyse du docteur Desmurget, docteur en neuroscience et directeur de recherche à l’Inserm, au sujet du numérique. Ce que je trouve intéressant dans cet article c’est que quand on retire le vernis des probabilités et du langage scientifique on tombe sur d’excellentes nouvelles : pour l’enfant (et pour l’adulte aussi hein, faut pas tomber dans le panneau de la condescendance), la voix humaine et le visage de l’Homme sont irremplaçables. Parmi tous les stimuli qu’on peut trouver aujourd’hui, et Dieu sait s’il y en a, rien ne remplace la relation. Elle est essentielle. Vitale. C’est chouette, non ?


Bon c’est aussi légèrement inquiétant, parce que ça veut dire qu’il n’y a aucun palliatif à la relation, à la présence de l’autre. Pas moyen d’y échapper, quoi. Quand on reprend le discours de sainte mère Teresa du dernier article, on peut comprendre d’une autre manière ces paroles : « être quelqu’un pour quelqu’un ». Il y a une pauvreté du numérique. Pas une pauvreté chez ceux qui sont dépourvus d’outils numériques, mais chez ceux dont l’immersion virtuelle cache l’inexpérience de ce qu’est la relation.


On va pas se mentir, cela implique nos habitudes à chacun, en particulier dans cette période étrange de confinement, couvre-feu, etc. Là-dessus cet article est très clair : jamais nous n’avons été aussi impliqués dans l’utilisation d’un outil que nous ne connaissons pas.


Toute la question est là. Il ne faut pas croire que cet outil n’affecte en rien notre manière d’être, qu’il est « neutre » en lui-même et que seule son utilisation le rend bon ou mauvais. Il ne s’agit pas de « bon » ou « mauvais », mais d’un accélérateur fulgurant de capacités - qui pourvoit d’ailleurs lui-même la connaissance. C’est comme si nos capacités, notre intelligence, migraient peu à peu pour se trouver finalement du côté de cet outil. Le centre de gravité change. Dans ces circonstances, il devient difficile d’identifier clairement (ou d’admettre ?) ce qui vient de nous et ce qui vient de l’outil. Le plus délicat dans l’affaire, c’est qu’il ne s’agit plus d’une relation « privée » à l’outil, mais d’une relation globale. Tout notre environnement change dans cette accélération magistrale, alors que la 5G arrive. Impossible de ne pas être connecté, impossible même d’ignorer cet outil.


Puisque nous ne pouvons plus exclure définitivement cet outil de nos vies, il nous faut trouver le moyen de le cantonner à certaines zones, à certains aspects de notre vie. Justement, le deuxième document est un rapport d’enquête sur l’usage de la vidéo en ligne, qui permet de constater la situation actuelle sous un nouveau jour. A force de la croire sans conséquences matérielles (c’est bien connu, plus la cause est distante de la conséquence plus il est facile de noyer le poisson) cette accélération devient vertigineuse, à la frontière du contrôlable. En résumé, la consommation de vidéos en ligne est à ce point excessive que les auteurs du rapport osent réintroduire un mot banni du vocabulaire habituel : la sobriété. Ça atténue quand même un peu la notion d’illimité, rabâchée sans cesse par internet…


Dans le deuxième document (qui est assez long mais dont les pages 3 et 4 forment un résumé très lisible), il y a une affirmation : « ne plus choisir n’est plus une option viable ». Ainsi, quoiqu’on en dise, quoiqu’on en pense, un simple état des lieux matériel nous montre qu’un changement est nécessaire. Et non, l’infini n’est malheureusement pas entre nos mains. Cela dit, pour revenir au premier document, on peut se demander si à travers la relation, la voix et le visage de l’autre, l’Homme ne touche pas cet infini qu’il cherche tant.


Protégeons donc cet espace de relation, préservons les rencontres dont notre quotidien fourmille. Pour ceux qui souhaitent approfondir la question et trouver des pistes pour s'aérer, voici quelques bons livres sur le sujet: alone together (de Sherry Turkle, ethnographe et psychologue; se lit comme un roman) la civilisation du poisson rouge (de Bruno Patino, journaliste et dirigeant de presse. Complet, analyse poussée mais un peu technique), et enfin la fabrique du crétin digital de Michel Desmurget, qui est assez pédagogique avec notamment des conseils éducatifs pour les enfants.


Bonne lecture, et bonne semaine à chacun !


fracture numérique
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L'insoutenable usage de la vidéo en ligne
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