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Silas Marner, de George Eliot

Bonjour !


Aujourd’hui, je vous propose de découvrir un petit livre fort intéressant : Silas Marner, de George Eliot. Publié en 1861, ce roman ne paye pas de mine au départ, et on y accède au prix d’une certaine endurance. Peu à peu, alors que l’intrigue se dessine, on réalise une fois de plus que tout vient à point à qui sait attendre : ce temps permet au lecteur d’entrer dans la temporalité du récit, de telle sorte que des événements de prime abord anodins prennent une importance toute spéciale.


Au passage, c’est là une école capitale qu’on ne retrouve que très rarement dans les œuvres cinématographiques de nos jours, où les événements les plus sensationnels se suivent à un rythme endiablé : on apprend certes à accélérer, mais jamais à freiner son attention pour écouter la vie qui bat dans chacune de nos journées. D’ailleurs, ce défaut se retrouve dans beaucoup de livres actuellement, et c’est pitié de faire perdre ainsi à l’écriture sa valeur première : nous enseigner à prendre le temps, et à trouver dans la vie quotidienne une lumière de beauté qui nous ouvre, finalement, au monde dans lequel nous sommes.


Bref. Silas Marner est un homme insignifiant, sans famille, sans amis et, il faut le dire, d’une intelligence qu’on ne peut pas qualifier d’étincelante. Blessé par une trahison antérieure, il se réfugie à proximité d’un village, et passe son temps à tisser. Peu à peu, l’argent qu’il acquiert s’accumule, et lui procure un plaisir tout particulier lorsque, le soir, il s’assied pour compter ses pièces. Le pauvre homme n’apprécie son argent qu’en tant qu’argent, comme un enfant serait heureux de collectionner les timbres. Il ne veut rien acheter, rien dépenser, il ne cherche pas même le pouvoir ou l’influence que cet argent pourrait lui donner.


D’une certaine façon, Silas Marner est aux antipodes de Buck, le héros dont nous avons parlé le mois dernier. Aucune prouesse, aucune ambition, mais la docilité d’un cœur qui n’a pu s’attacher à rien d’autre que du métal.


Jusqu’à ce qu’une nuit, un voleur vienne dérober tout l’or de Silas. Et la pauvre existence de ce pauvre homme se brise, comme un œuf vide qui se fissure. Imaginez la veuve de l’évangile se faire voler son seul sou qu’elle s’apprêtait à donner, imaginez la perte de ce qui n’était rien. La machine est enrayée, l’affection du tisserand se perd dans le néant.


Et puis, un beau jour, Silas trouve une enfant perdue endormie devant sa cheminée. Alors qu’il dépérissait et souffrait d’avoir été privé de son objet d’affection, il découvre un être à aimer.


Dès lors, plus rien n’existe que ce petit ange blond, et l’on découvre en Silas le meilleur des pères. Je voudrais vous laisser avec un petit extrait, le commentaire discret de l’auteur devant cette scène attendrissante de l’homme sauvé par sa paternité :


« Dans l'ancien temps il y avait des anges qui prenaient les hommes par la main et les guidaient loin de la cité de la destruction. Nous ne voyons plus d'anges aux ailes blanches de nos jours. Mais pourtant les hommes sont guidés loin de la destruction menaçante : une main se glisse dans la leur, qui les conduit doucement vers une terre paisible et lumineuse, de telle sorte qu'ils ne regardent plus en arrière, et à la main peut être celle d'un petit enfant. »[1]


Lisez, méditez, agissez les amis !

[1] George Eliot, Silas Marner, Librairie Hachette et Cie, 1896 p.255

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